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Colloque « Neurotech Lille 2026 »

juin 23 - juin 24

Neurotech Lille 2026
Explorer l’avenir des Neurotechnologies et des Neurosciences (E2N)

« Cerveau, neurotechnologies et modèles de l’esprit : dialogues entre sciences et philosophie »

Lieu : Chartreuse de Neuville, 1 allée de la Chartreuse, 62570 Neuville sur Montreuil
Dates : 23 et 24 juin 2026

Les neurotechnologies : promesses et grandes questions

Depuis quelques années, les progrès en sciences de l’ingénieur ont permis des avancées impressionnantes dans un domaine appelé interfaces cerveau-machine. Ces technologies, encore surtout expérimentales, permettent déjà à certaines personnes de contrôler des objets extérieurs – comme un ordinateur, un bras robotique, un exosquelette ou un fauteuil roulant – directement par l’activité de leur cerveau, sans passer par les nerfs ou les muscles. Parfois, il suffit d’imaginer un mouvement pour que la machine l’exécute.

Ces technologies doivent encore être beaucoup améliorées, surtout pour rendre la communication entre le cerveau et la machine plus précise et plus fiable. Pour cela, les chercheurs utilisent des réseaux de neurones artificiels, des systèmes informatiques inspirés du fonctionnement du cerveau humain.

Mais comme toute innovation majeure, ces avancées posent aussi des questions juridiques, éthiques et de sécurité. Il faut s’assurer que ces technologies respectent l’intégrité physique et mentale des personnes.

Soigner, compenser… ou augmenter ?

La rencontre entre neurosciences, informatique et ingénierie ouvre des possibilités inédites : mieux traiter certaines maladies du cerveau, compenser des déficiences, restaurer des fonctions perdues.

Mais elle soulève aussi des questions délicates :

  • Où s’arrête la réparation médicale et où commence l’augmentation des capacités humaines ?
  • Si la technologie s’intègre de plus en plus au corps, comment définir encore ce qu’est un être humain ?
  • Devient-on une forme de « cyborg » quand une machine fait partie de notre fonctionnement ?
  • Comment encadrer ces innovations pour qu’elles servent vraiment les besoins humains – physiques, psychologiques, sociaux et éthiques ?

Ces évolutions nous obligent à repenser des oppositions classiques : humain / machine, naturel / artificiel, nature / culture.

Le cerveau, l’esprit… et leurs modèles

Les technologies cérébrales reposent sur des modèles scientifiques du cerveau et de l’esprit. Autrement dit, elles fonctionnent à partir de théories sur la manière dont nos pensées, nos intentions ou nos perceptions prennent forme dans l’activité cérébrale. Il ne s’agit donc pas seulement de parler de technique, mais aussi de philosophie :

  • Comment relier les états physiques du cerveau et les états mentaux (pensées, émotions, conscience) ?
  • Les modèles scientifiques décrivent-ils vraiment l’esprit, ou seulement certains aspects mesurables ?

Ces questions relèvent de domaines comme la philosophie de l’esprit, la philosophie des sciences, de l’épistémologie et des sciences cognitives ?

Les modèles de l’esprit : outils pratiques ou vérité sur la pensée ?

Pour comprendre le cerveau et développer ces technologies, les scientifiques utilisent différents types de modèles. Deux grandes approches historiques peuvent être identifiées :

  1. Le modèle computationnaliste : il compare l’esprit à un système qui traite de l’information un peu comme un ordinateur, à l’aide de règles et de calculs.
  2. Le modèle connexionniste : il s’inspire des réseaux de neurones biologiques et cherche à reproduire leur fonctionnement sous forme de réseaux de neurones artificiels.

Aujourd’hui, ces deux approches sont souvent combinées. Elles ont notamment permis les grands progrès récents de l’intelligence artificielle, en particulier dans le « deep learning », qui bénéficie aussi aux neurotechnologies.

Mais ces modèles décrivent-ils vraiment la pensée ?

Une question centrale apparaît alors : ces modèles sont-ils seulement efficaces en pratique, ou décrivent-ils la véritable nature de l’esprit ?

Certains chercheurs défendent une position proche du réalisme scientifique fort. Pour eux, les modèles scientifiques finissent par révéler, au moins en grande partie, comment la pensée fonctionne réellement. Les succès des neurosciences et des technologies cérébrales confirment, selon eux, que nous sommes en train de comprendre ce qu’est réellement la pensée.

Mais cette confiance peut sembler excessive : notre connaissance du cerveau reste encore très incomplète, et les modèles actuels ont aussi des limites techniques et théoriques.

Une position plus prudente (voire sceptique)

D’autres philosophes adoptent une position plus constructiviste : les modèles scientifiques seraient des outils utiles, mais pas des descriptions fidèles de ce qu’est réellement l’esprit.

Selon cette vision, certaines dimensions fondamentales de notre vie mentale échappent à la modélisation scientifique. Par exemple : le ressenti subjectif d’une douleur ou d’une couleur, le fait d’avoir une intention, le sentiment d’être soi, l’expérience vécue à la première personne.

Dans cette perspective, les neurosciences peuvent repérer des corrélations dans le cerveau, mais pas de capturer pleinement ce qu’est l’expérience consciente.

Un débat toujours ouvert

Nous avons donc au moins deux grandes positions :

  • Position réaliste : les modèles scientifiques décrivent (de plus en plus) la vraie nature de l’esprit.
  • Position constructiviste : les modèles sont utiles, mais ne saisissent jamais pleinement l’expérience mentale.

Faut-il choisir entre les deux ? Peuvent-elles être complémentaires ? Le progrès scientifique finira-t-il par réduire ce qui semble aujourd’hui impossible à expliquer ? Ou existe-t-il des limites définitives à toute explication scientifique de l’esprit ?

Pourquoi ce débat est crucial

Ce ne sont pas seulement des questions théoriques. Selon la manière dont on conçoit le rapport entre cerveau, esprit et modèles scientifiques, les conséquences sont importantes :

  • Scientifiques : que cherche-t-on vraiment à expliquer ?
  • Éthiques : jusqu’où peut-on intervenir sur le cerveau ?
  • Sociales et politiques : qui décide de l’usage de ces technologies, et dans quel but ?

Au fond, il s’agit de comprendre comment s’articulent deux aspirations humaines : la volonté de savoir (science) et la volonté de donner du sens (philosophie). Les neurotechnologies rendent cette tension plus concrète que jamais.

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