Description des axes structurants des recherches menées dans le cadre de la Chaire :


AXE 1 :

Le premier axe de la chaire concerne la généalogie et la cartographie du transhumanisme comme courant de pensée.

Les travaux associés à ce champ suivent l’évolution du paysage idéologique des différentes positions des acteurs sociaux, politiques, industriels et académiques, qui se reconnaissent transhumanistes : qui sont-ils ? Quelles sont leurs thèses anthropologiques, politiques, éthiques et spirituelles ? Dans quelles visions de la société et de la nature humaine se reconnaissent-ils ? et enfin, comment se sont constituées leurs théories et dans quel(s) héritage(s) s’ancrent-ils ? À travers ce faisceau de questions, c’est l’histoire et le développement de la mouvance transhumaniste qui doivent être clarifiés, dans leurs contextes socioculturels, géostratégiques, politiques, économiques et idéologiques.


AXE 2 :

Le deuxième axe de la chaire porte sur les questions fondamentales d’ordre philosophique et éthique que le transhumanisme  pose au sujet de la nature humaine.

Dans un monde en évolution où l’avenir de la nature humaine paraît ouvert sur une infinité de possibles, citoyens, acteurs du monde économique et politique doivent pouvoir bénéficier d’une information académique rigoureuse au sujet de notre humanité. Dans l’état présent des savoirs scientifiques et de la réflexion philosophique, que pouvons-nous dire au sujet de la nature humaine ? Par rapport aux primates non-humains ou aux robots, que sait-on, par exemple, au sujet de notre spécificité en tant qu’êtres humains ? Jusqu’à quel point la technique impacte-t-elle notre humanité ? Quels sont les autres constituants fondamentaux de l’anthropogenèse ? Quelle vision de l’humain les transhumanistes proposent-ils ? Leurs projets d’amélioration de la nature humaine sont-ils scientifiquement réalisables ? Enfin, en quel sens comprendre l’adage humaniste, selon lequel il relèverait de la nature humaine de chercher depuis toujours à se perfectionner et se dépasser continuellement elle-même ?

Un second champ de questions inhérent à ce second axe de recherche est d’ordre moral. Les projets transhumanistes ne doivent-ils pas se soumettre à certaines limites éthiques ? L’ignorance ou le déni de telles limites ne risquent-elles pas d’exposer l’humanité et nos sociétés à leur affaiblissement plutôt qu’à leur amélioration ? Enfin, quels arguments anthropologiques et éthiques pourraient convaincre nos sociétés démocratiques, multiculturelles et multiconfessionnelles, de la nécessité de construire aux niveaux juridique et politique, les conditions d’une saine régulation internationale et d’une juste évaluation de toute proposition visant à modifier certaines caractéristiques de la nature humaine ?


AXE 3 :

Le troisième axe de la chaire a pour objet l’étude des projets transhumanistes en matière de santé et les effets de la convergence NBIC dans le champ médical.

Si le but de la médecine a toujours été de combattre la mort avec des techniques toujours plus sophistiquées, en s’attaquant aux maladies qui dégradent le corps, les transhumanistes se demandent pourquoi la médecine ne s’attaquerait pas non plus au vieillissement, présenté comme un processus pathologique.

Où en sont les travaux scientifiques sur cette question ? Quelles seraient les conséquences sociales du traitement du vieillissement dans une société post-mortelle ? Quels devraient être les repères éthiques à prendre en compte ? Les transhumanistes soutiennent par ailleurs qu’à la conception classique de l’acte médical comme démarche de réparation du corps blessé ou malade, doit s’associer non seulement une démarche de prévention, mais aussi une médecine d’amélioration des capacités physiques, psychiques et morales de l’homme. Mais la santé augmentée est-elle une promesse réaliste ou un mythe ? Qu’en est-il réellement des techniques d’amélioration (prothétiques, chimiques, bio- et nanotechnologiques) dans le champ médical aujourd’hui ? Quelles pourraient être les questions juridiques et éthiques qui se poseront dans un avenir proche par rapport à ces techniques ? Quel est le point de vue des professionnels de santé et des patients sur cette question ? Les institutions de santé de notre région sont-elles accompagnées sur ces questions ? En dernier lieu, quels problèmes de gouvernance et de régulation les politiques publiques doivent-elles pouvoir anticiper face aux développements de la médecine connectée et de la médecine d’amélioration ?


AXE 4 :

Le quatrième axe de la chaire porte sur les questions éthiques soulevées par les développements fulgurants de la robotique dans les domaines social et économique.

Selon Bill Gates[1], l’industrie robotique connaît aujourd’hui un développement comparable à celui de l’informatique il y a 40 ans, et au vu des tendances qui commencent à converger, le fondateur de Microsoft prévoit un avenir où les robots feront partie intégrante de notre vie quotidienne d’ici deux à trois décennies, au même titre que nos ordinateurs personnels, portables et autres objets connectés. Ces prévisions posent de nombreuses questions éthiques.

Avec l’insertion de la robotique dans le champ de la santé, dans les entreprises et dans l’espace domestique des familles, de nombreux acteurs humains pourraient être exposés à la perte de leur emploi : comment les acteurs économiques et les politiques publiques s’emparent-ils de la question ? Sur le plan économique, l’avènement d’une société automatique[2] fait présager une croissance sans précédent du chômage, pose la question de l’avenir du travail et soulève la problématique du financement des retraites.

Dans le champ de la santé, le développement d’agents artificiels autonomes destinés à seconder ou remplacer des acteurs humains sur certaines tâches relevant des pratiques professionnelles ou de l’interaction sociale, soulève des questions relatives au respect de l’autonomie des sujets humains. Si en effet l’empathie, c’est-à-dire la compréhension des états mentaux d’autrui, de ses émotions et de ses intentions, conditionne toute coopération humaine fructueuse, elle rend aussi possible la formation de rapports sociaux fondés sur la manipulation et la domination.

Aujourd’hui, des entreprises travaillent à conférer de l’empathie aux robots. Comment s’assurer que ces agents sociaux artificiels ne seront pas programmés pour manipuler les comportements et les préférences humaines ? Quels repères juridiques et éthiques devront être posés pour préserver le discernement et l’autonomie des humains ?


Axe 5 :

Le cinquième et dernier axe de la chaire porte sur les évaluations philosophiques et religieuses qui sont formulées à l’égard de la mouvance transhumaniste.

Il s’agit d’estimer dans quelle mesure les croyances, au sens large et pluriel du terme, impactent les sensibilités et les positionnements par rapport aux évolutions technoscientifiques et aux propositions transhumanistes.

Nous assistons en effet au développement d’une diversité de points de vue tantôt favorables, tantôt méfiants et critiques à l’égard du transhumanisme et de ses propositions. Cette diversité de positionnements mérite d’être étudiée. Quels sont les points d’accord, les points d’achoppement et les divergences irréductibles entre croyants, agnostiques et athées, et au sein même de chacun de ces groupes, au sujet de l’avenir de nos sociétés et de la nature humaine ? Les croyances et la pensée issues des Lumières jouent-elles un rôle dans le développement de la mouvance transhumaniste ? Des éléments de conviction religieuse inspirent-ils certaines propositions transhumanistes ? Jusqu’à quel point le prisme des catégories philosophiques et religieuses est-il pertinent pour étudier la question de l’acceptabilité sociale des idées transhumanistes ? Une attention toute particulière est portée, dans cette perspective, à l’instauration des conditions d’un dialogue ouvert, informé et éclairé entre les parties de la société civile, dans le respect de la pluralité des convictions et la recherche des points de convergence.

 


[1] B. Gates, Dossier Pour la science, n° 87 avril-juin 2016, pp. 6-7.

[2] B. Stiegler, La société automatique : l’avenir du travail, Paris, Fayard, 2015. :

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